Appel à contribution

Alors que les deux premières biennales ont été principalement consacrées à la question du genre, il semble opportun, avec la 3e biennale Masculins/Féminins, organisée par l’UMR 6590 ESO à l’université d’Angers les 16 et 17 décembre 2014, de resserrer les questionnements sur un objet scientifique encore trop peu traité en France par les sciences humaines et sociales en général et la géographie en particulier, celui des sexualités.

En effet, lors de la seconde biennale notamment, organisée à Grenoble en 2012, de nombreuses présentations ont mis en évidence la perpétuation des effets de domination de genre et le rôle premier joué par l'hétéronormativité dans l'accès de tous à l'espace et à ses ressources et à la possibilité de se déplacer à différentes échelles. Ces différents résultats ont montré l'importance de questionner les rapports entre espace et sexualités de la manière la plus complète qui soit.

Si la sexualité est partout et tout le temps, relevant autant de l’extime que de l’intime, du politique que du biologique, elle n'est le plus souvent étudiée que sous l'angle de la norme et de la déviance. Pourtant, philosophes, psychanalystes, sociologues, historiens ont depuis de nombreuses années montré le caractère essentiel de l'expression sexuelle dans la construction des réalités sociales. Et si toutes les sociétés ont produit des formes de coercition du plaisir, car s'il n'y a pas de société sans sexualités, il n'y a pas de société sans contrôle de celles-ci, il reste largement à étudier les modalités que ces formes prennent aujourd'hui (mariage, hétéronormativité, domination masculine, discriminations diverses, etc.).

Force est de constater que la recherche, notamment en géographie, s’est assez peu intéressée jusqu’à présent aux comportements et aux différences sexuels dans leur rôle explicatif, surtout si l’on compare aux indicateurs plus « classiques » (sociaux, démographiques, économiques, etc.). Bien qu'on note une incontestable et très encourageante évolution depuis quelques années, les connaissances demeurent lacunaires sur les sexualités dans leur rapport à l’espace, et pas seulement dans les pays du Sud où l’information est souvent manquante. Elles restent encore très corrélées aux réflexions sur les discriminations, les violences et les déviances, alors qu'une lecture scientifique désengagée des idéologies normatives permettrait certainement d'analyser efficacement les résistances collectives aux diversités sexuelles. Par ailleurs, nous sommes fortement convaincus que l’espace et les lieux comptent pour expliquer les comportements sexuels et la fabrique des identités sexuelles, et leur évolution permanente.

C’est pourquoi, le moment semble propice pour organiser un événement scientifique majeur qui vienne corriger les visions dominantes de l’espace, notamment urbain, s’attaquer aux lieux communs, et qui rende davantage visibles les recherches menées, ici ou ailleurs, par les chercheur.e.s confirmée.e.s comme par les plus jeunes, sur les relations entre sexualités et espace, ce qui constituera le premier rendez-vous important sur ce thème dans la géographie française. Ce colloque international qui articulera séances plénières et ateliers, a plusieurs objectifs : contribuer à la reconnaissance scientifique, nationale comme internationale, des études sur les sexualités en France et montrer leur diversité, faciliter la coordination institutionnelle de ces recherches et engager de nouvelles coopérations, promouvoir et rendre visibles l’apparition de nouvelles thématiques ainsi que les approches transversales au sein des sciences humaines et sociales.

Le présent appel à communication ne s’adresse donc pas seulement aux géographes, mais aussi à l’ensemble des chercheur.e.s intéressé.e.s par la relation entre les sexualités et l'espace : sociologues, urbanistes, architectes, historiens, psychologues, anthropologues, économistes, politistes, etc. Les contributions pourront soit proposer des études de cas, soit prendre la forme de réflexions théoriques et conceptuelles, soit insister sur des apports méthodologiques, compte tenu de la complexité des faits à appréhender. Nous invitons fortement les jeunes chercheur.e.s et doctorant.e.s à proposer des communications, posters, films et/ou performances diverses. Sont particulièrement attendus des questionnements sur les inégalités et les discriminations, les normes et les interdits, notamment dans une approche intersectionnelle, mais aussi des réflexions plus théoriques sur le désir et le plaisir par exemple, les raisons de leur contrôle et leurs rôles sociaux majeurs.

Plusieurs pistes peuvent être proposées sans qu’elles soient exclusives :

  • Sexualités, normes et interdits : territorialisation par le haut, rapport aux acteurs institutionnels, sexualités et contextes culturels et religieux, politiques urbaines en matière de sexualités, rôle des dispositifs spatiaux légitimes et contrôle de l’espace public, invisibilisation des « dominés », place de la « déviance » dans  la ville, etc.

  • Sexualités et justice spatiale : spatialité des rapports sociaux de sexe et domination masculine, négociation avec les normes et l’espace des « autres », droit à la centralité et à la visibilité pour tous, migrations résidentielles en lien avec la sexualité, identités sexuelles et mobilité, prime à la grande ville, etc.

  • Sexualités et appropriation de l'espace public : territorialisation par le bas et production collective de lieux éphémères, modalités de constitution d’un capital spatial, érotisation de l'espace et géographie labile des plaisirs, transgression de l’usage commun de l’espace public (drague, dénudation, interactions sexuelles anonymes, libertinage, etc.), pratiques spatiales nomades et/ou réticulaires, etc.

  • Sexualités et « ailleurs »: rapports postcoloniaux et de domination Nord/Sud, mondialisation et homogénéisation des pratiques et représentations sexuelles (hybridation du global et du local), recherche du « paradis perdu » (voyages de noces, tourisme de romance, tourisme gay, spring break, etc.) et fabrication des hétérotopies sexuelles, exotisation, colonisation et érotisation de l’« autre » et de son corps, homonationalisme, etc.

  • Sexualités et violence physique ou symbolique : phobies liées aux sexualités, trafics liés à la commercialisation des corps et de la sexualité, harcèlement et violence sexuels, prostitution forcée, viol comme arme de guerre, tourisme sexuel, mariages forcées et polygamie, spatialité des IST/MST et stigmatisation des malades, etc.

  • Sexualités et innovations : impact spatial des nouveaux modèles d'alliance (pacs, mariage pour tous, nouvelles formes de relations amoureuses et sexuelles, etc.) et technologiques (nouvelle socialisation, nouveaux imaginaires sexuels, modification du rapport à l’espace avec la géolocalisation, nouvelle manière de faire des rencontres avec les sites Internet, cybersexe, etc.)

 

Vous devez posséder ou créer un compte pour déposer votre proposition.

 

Format des propositions de communication : résumé de 2000 à 3000 signes (pas de bibliographie) ; brève présentation du ou des intervenant.e.s mentionnant leur rattachement institutionnel éventuel et leurs coordonnées.

Format des posters : résumé de 1000 signes environ de la problématique ; brève présentation du ou des auteur.e.s mentionnant leur rattachement institutionnel éventuel et leurs coordonnées.

Format des communications : texte de 30000 signes maximum hors figures.

Date limite de soumission des propositions : 30 mai 2014, sur cette plate-forme (onglet "Dépôts" dans "Mon espace")

Date limite d'envoi des textes : 10 novembre 2014, sur cette plate-forme (onglet "Dépôts" dans "Mon espace")

 

Responsable scientifique : Stéphane Leroy, professeur de géographie, UMR CNRS 6590 ESO, Angers.

stephane.leroy@univ-angers.fr

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